Les cris d'Onfray ! ...

Le christianisme a été, il est vrai, très abimé, trahi, foulé aux pieds par l'Eglise romaine, mais est-ce bien là une raison suffisante pour jeter le bébé avec l'eau du bain ?

Mais au-delà, notre essayiste frénétique avait-il bien la tête à une enquête sérieuse, froidement menée, ou laissa-t-il  libre cours à son ressentiment, par ailleurs bien compréhensible, si l'on sait ?

Il est vrai que son maître, mettant son marteau et son talent au service de ses obsessions avait, en son temps et sans vergogne, fait l'amalgame ! ... 

En résumé, que dit Michel Onfray de ce qui, selon lui, ne ferait plus mystère ?

Dieu est mort ! ... avait proclamé Nietzsche, urbi et orbi, alors Michel se contentera de son fils ! 

Si l'immortel nommé Christos a désiré, contre tout bon sens et n'en déplaise à Spinoza, s'apparenter à la mort par pur amour pour notre engeance, Michel Onfray n'a quant à lui que mépris pour cette humanité qui aurait ainsi naïvement objectivé la réponse à son attente millénaire sur fond d'angoisse existentielle, au travers du héros fictif de cette histoire à dormir debout !

Notre homme certes est cultivé, mais façon jardin à la française : "Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature!", et que rien jamais ne vienne contrarier mon subtil raisonnement ! ...

Otez de ma vue ces herbes folles que je ne saurais voir ! ...

En Grèce, un peu plus de quatre siècles avant le mystère du Golgotha, les dieux, sortis d'une imagination vraisemblablement tout aussi déréglée, ne voulaient rien savoir de la mort !

Ainsi Artémis détournant le regard au moment même où Hippolyte, son fervent dévot, implore sa présence quand devant lui s'ouvrent les portes de l'Hades ! 1

Que restait il alors de nous au pays des morts, si ce n'est quelques fumées inconsistantes que les dieux n'auraient su dissiper ?

Donc, fin de non-recevoir, point de communication possible sur notre triste sort entre les hommes et les dieux décidément indifférents !

Comment alors expliquer l'accueil réservé au premier christianisme si ce n'est que cette civilisation était issue des mystères ! 2

Osons une hypothèse, hier encore inepte, tel un chiffon rouge agité sous le nez de Michel !

Quand bien même l'Eglise s'est acharnée à escamoter cette vérité essentielle, le premier christianisme est en réalité une religion cosmique dont le Galiléen incarna en temps voulu l'amour universel partout à l'oeuvre ! 3

Au moment historique où la science redécouvre la conscience universelle, et partant "l'utilité", voire l'omniprésence du cosmos , Michel Onfray, intrigué par le potentiel métaphysique de la physique quantique s'abstiendra-t-il de persifler ?

Epilogue !

J'entends d'ici l'argument soudain joyeux : "Mais cette tragédie d'Euripide va à l'appui de ma thèse !"

Bien entendu, si, matérialiste toujours, cochon qui s'en dédit, l'on considère encore le psychisme de l'Homme en son évolution comme l'émergence fantasmagorique d'un cerveau égaré ! ... 

Dernière minute ! 

Finalement, d'une certaine manière, Michel Onfray flirte avec la vérité : le mystère du Golgotha ne saurait se livrer au seul moyen de l'histoire, bien ténu en l'occurrence, c'est un fait !

Pour exemple, la manière dont fut présentée des siècles durant le mystère de la Résurrection, cette pierre angulaire du véritable christianisme, conduisit certains sceptiques à imaginer qu'il s'agirait-là d'une invention de disciples frustrés par la mise à mort de leur prophète !

Ce qui, au passage, validerait l'historicité de Jésus, mais passons ! ...

Une lecture attentive des évangiles démontre aisément que les différentes apparitions étaient immatérielles, "phénomènes" observés par certains dans le monde éthérique, selon ce que sait depuis lors la taiseuse tradition occulte !

Mais comme celle-ci sent le soufre 5,  il me paraît utile, pour qui cherche réellement la vérité, d'étudier ce cadeau apporté à l'Occident par Henry Corbin, et qu'il nomma le monde "imaginal" ou "intermonde", ce "lieu" qui n'a plus lieu dans nos pauvres représentations dualistes, "situé" entre notre monde sensible et le monde intelligible tel que nommé par les platoniciens de Perse !



 

1 - Tragédie d'Euripide, vers 420 avant J.C. En l'espace d'un siècle, la Tragédie Grecque ouvrit progressivement une fenêtre sur le psychisme d'un mutant nommé individu, ou, pour le dire autrement : sur "l'Homme intérieur", confronté à cet écrasant et nouveau sentiment qu'est la responsabilité !

2 - A ce sujet, signalons un ouvrage majeur de Rudolph Steiner : "Le Christianisme et les mystères antiques". 

3 - Oubli progressif, anathèmes, décisions conciliaires, mises à l'index, peur des anges, décontamination des représentations "païennes" ... tous les moyens furent bons pour éradiquer le cosmos dans celles du "vulgaire" comme ils disaient entre eux, avec le sempiternel objectif  des hommes de pouvoir : "Tout passe désormais par nous!" 

4 - Pour les récents hérétiques de la nouvelle Eglise, dite scientifique ... 

5 - Sous les critiques conjuguées de l'Eglise romaine et de la science, cette nouvelle et, tout compte fait, servile église !

6 - "Restitué" serait plus judicieux, mais je vous laisse découvrir à votre tour cette parenthèse de plus de onze siècles qui se referme actuellement sous nos yeux, encore partiellement recouverts d'écailles !


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