Boltzmann, Grinberg et Dionysos ! ...

Cherchez l'intrus !

Rien de très évident, car si les deux premiers sont passés sous les radars d'une opinion distraite, le "troisième", longtemps célèbre et influent, fut impitoyablement chassé de notre mémoire collective !

Cantonné depuis lors à une présence festive et ponctuelle, dès lors qu'il s'agit de lever les verres ! ...

Incompris bien plus encore que les deux autres, son mythe, complexe, riche d'enseignements, sauvagement expulsé de nos représentations, gît pour l'heure, enfoui, inexploité, sous les décombres entassés de notre intellectualité ... 

Pour en venir à ce qui justifie la convocation insolite de cet improbable attelage, il s'agit de la question primordiale de la conscience qui, hier encore, mise sous tutelle du cerveau, cherche désormais à savoir qui sont ses vrais parents !

Alors, n'y allons pas par quatre chemins, d'autant que ceux-ci ne mènent pas tous à Rome ! ...

Les anciens Grecs avaient-ils entrevus ce qu'il en "est" de ce mystère qui tout à la fois nous caractérise,  nous anime, et finalement nous intrigue ? 

Le cerveau de Boltzmann

Notre propos n'est certes pas d'entrer dans cette polémique allumée par ses récents contradicteurs aux fins de le discréditer, mais remarquons tout de même au passage que pour être radicale, elle ne remet pas en cause cette représentation admise a priori de la conscience comme production du cerveau ...

Grinberg lui, n'en déplaise à Descartes, ne se sentait pas "propriétaire de ses pensées", et son approche, courageuse ô combien pour un homme issu du sérail universitaire, pourrait nous servir d'introduction au mystère de Dionysos ...

Le hold-up subreptice de la pensée !

Avant même de recourir au témoignage du mythe, il convient d'actualiser notre mémoire malmenée, emmenée, falsifiée, mise au pas cadencé du mensonge et de l'oubli : Non, les anciens Grecs, dont nous nous réclamons sans vergogne, ne se représentaient pas la pensée comme une production du cerveau, mais comme une perception ! ...

Qui le sait ?

Ce n'est qu'au XVIIème siècle, dans cette France effervescente, en rupture de ban - avant d'être bientôt rappelée à sa dignité oubliée de "fille ainée de l'Eglise"- donnant imprudemment foi aux révélations nouvelles de la Géométrie et de sa parèdre Logique, que Descartes proclame en toute impunité, urbi et orbi, son "cogito ergo sum", devant un parterre désabusé, blasé, qui pensait depuis longtemps que tout cela allait de soi ... 

Antique reportage : le mythe de Dionysos ! 

Pour un anthropologue digne de ce nom, et s'il voulait bien consentir à lever le nez de ses tessons de poterie et autres ossements épars, le mythe est une mine à ciel ouvert, dès lors que l'on a compris que l'Histoire, pour être récente et asservie au discours du vainqueur, ne sait rien de notre évolution psychique au cours des millénaires !

Le mythe de Dionysos, fondamental, témoin d'une nouvelle genèse, relate, pour qui sait le lire, la métamorphose de notre relation au monde, ou, pour le dire autrement, le passage d'une clairvoyance "instinctive", vécue en images, à cette autre forme de conscience, intériorisée ou en voie de l'être, que nous pouvons qualifier d'intellectuelle !

Concomitamment, ce récit grandiose nous conte l'apparition à la surface de Gaïa d'un mutant nommé individu, vous savez, celui qui dit "moi" à tout bout de champ ! 

Dionysos Zagreus, conscience globale et unitaire !

"Non propriétaire" dirait-on maintenant ... ou, si l'on veut en rester à ces comparaisons qui, pour être approximatives, sont néanmoins parlantes : logiciel "imposé" à tous nos prédécesseurs non encore individués, psychiquement parlant !

Décryptage :

Avant d'être mis en pièces par les titans - nos cinq sens - ce premier Dionysos fut fils de Zeus et Perséphone, entités olympiennes, libres de la future emprise des forces chtoniennes, animant l'Homme depuis son environnement cosmique !

Deux figures essentielles interviennent dans ce mythe !

On pourrait même y voir le début de la dialectique !  ...

C'est tout d'abord Héra, personnification de la jalousie, celle qui divise ...

Poussée par cette "passion triste", elle commande aux titans la mise à mort du fils "illégitime" de Zeus son "amant", déclenchant ainsi ce morcellement, cette mise en pièces, de la conscience globale et clairvoyante ...

C'est alors que se produisit l'intervention salvatrice d'Athena, personnification de cette nouvelle relation au mystère du monde, du nouveau savoir, intellectuel, conceptuel, qui - nous lui devons ce que nous sommes ! - recueille le coeur de Zagreus déchiqueté et le ramène à Zeus ...

Dionysos le second, premier d'entre nous, fils de Zeus et de Sémélé, simple mortelle ! ...

Dionysos c'est l'autre, et à l'époque, "l'autre" c'est celui qui ne se fond pas dans le groupe, dans la tribu, cette plus petite unité d'alors, comme le noyau de l'atome avant que l'on découvre les quarks ! 

Sur le plan macrocosmique, c'est le résultat du morcellement de Dionysos Zagreus, personnification de l'âme groupe, d'une conscience en images, commune et holistique des mystères de l'univers ...

Dionysos est désormais un individu psychiquement isolé, des autres et de la nature !

C'est l'un de ses descendants qui le premier s'interrogera sur la nature de son rapport avec la mystérieuse "chose en soi" ...

"Comment ce qui est en soi peut être pour moi ? " Hegel.


A suivre ! ...

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