Où sont passés nos disparus ? …
1947, tandis qu'Einstein envisage l'automne de sa vie, les retombées d'Hiroshima s'estompent à l'horizon, si ce n'est, ici ou là, en quelque conscience "décidément chagrine" ! …
Au fil des ans et des épreuves, des méditations incertaines, ayant discrètement pris ses distances avec l'arrogante et tentaculaire doxa qui n'eut de cesse d'exhiber ce trophée vivant de l'athéisme, il se confie dans le silence de ses nuits solitaires et mystérieuses à "ceux de Berne", à ses anciens amis !
Au fil de ses lettres, exemptes alors d'une quelconque jauge, il dévoile les clés qui permettent de penser que "la mort" n'existe pas, serait "toute relative" en quelque sorte ! …
Ce qui, vous en conviendrez, aurait pu faire l'effet d'une nouvelle bombe en cette époque de nécessaire oubli, obnubilée par une fuite en avant aveuglément confiée au progrès, sur fond de matérialisme triomphant et d'agnosticisme résigné ! …
Ce qui fut existe toujours, mais "se trouve" désormais à un endroit de l'espace-temps auquel nous ne pouvons plus accéder !
Depuis ce qu'il écrivit 1 en 1952, il semblerait que l'opacité de nos représentations ne se prête toujours pas à une telle révélation, encore que ! …
Et, comme vous le savez, sur La Porte des Lions, nous n'avons pas pour habitude de nous lover dans les eaux tièdes de mainstream en attendant Godot !
Avons-nous toujours été exclus du passé ?
En physicien intègre, Einstein ne s'était pas autorisé à poser cette question, relevant plutôt de l'anthropologie, voire de la physiologie occulte, avançant néanmoins que pour la physique, ce grand absent existe toujours, quelque part dans l'univers bloc ! …
Et qu'en cette hypothèse - ajouta-t-il en faisant un grand pas de coté - la question s'impose de l'oubli que nous avons de cette région, et partant, de ce que nous y faisions avant même que de naître !
La mémoire des anciens et la mémoire des "modernes" !
Jean-Pierre Vernant eut l'immense mérite de découvrir et de nous expliquer que notre mémoire n'a strictement rien à voir avec ce les anciens grecs en savaient au temps d'Homère !
Elle n'était pas celle que l'individu a de lui-même, au moins jusqu'au seuil fatidique de ses 3 ans, elle n'était pas non plus celle transmise par "ouï-dire" de l'Histoire qui, en tout état de cause, n'avait pas encore vu le jour !
Non, elle était une expérience d'ordre psychique que cet homme utile à son époque décrivit de cette manière saisissante, et curieusement engagée de la part d'un athée : "Il se rendait présent au passé!"
Il, en l'occurrence, ce pouvait être Homère, qui commençait rituellement son récit par l'appel aux muses, ces filles de Mémoire !
Appel aux muses qui n'était pas une simple clause de style comme le prétendent nos philologues incultes, mais signalait le début de la transe rythmique qui transportait l'aède dans un autre endroit de l'univers bloc, aurait pu dire Einstein …
Ce qu'en d'autres termes, nous pourrions décrire comme une lecture directe, mais assistée, des mémoires akashiques !
1 - Lettres à son ami Maurice Solovine en 1952, annonçant sa "consolation" aux proches de Michele Besso, "disparu" en 1955.